Rencontrer le C.R.A.D.E puis Danielle et Marc Pion à Concarneau
Durant les 15 jours passés à Riec sur Belon à Bara’laezh – la ferme de Kerdudal (article à venir…), je suis allée deux fois faire des rencontres à vélo à Concarneau. J’y ai trouvé chaque fois des personnes extraordinaires, en lien avec le monde du vélo, de la paysannerie ou des deux entremêlés. Il faut dire que c’est un mariage qui fonctionne plutôt bien.



Un samedi au C.R.A.D.E : Vive l’auto-réparation et les rencontres vélo à Concarneau !
La première fois, le samedi 10 Juin, je suis allée découvrir l’atelier d’autoréparation de vélo associatif, le C.R.A.D.E (Centre de Recherche sur l’Avenir des Déplacements Ecologiques). Une joyeuse grande famille de passionné•es du cycle, qui partagent des connaissances dans la simplicité et la convivialité. C’était comme à la maison. Débarquer-là dans l’après-midi, prétexter mon envie de faire un entretien général de mon cher Rookie à deux roues, pour surtout venir découvrir ce lieu atypique et les chouettes personnes qui le font vivre.
On trouve des ateliers d’autoréparation de vélo dans de nombreuses villes. On y apprend plein de choses sur la mécanique vélo, on apprend à s’autonomiser, à faire soi-même et à faire ensemble, à favoriser l’économie circulaire, la réparation et le remploi plutôt que l’achat du neuf. Par-dessus tout, ces ateliers sont aussi de fabuleux vecteurs de lien social. On y croise des gens de tout âge et tout horizon, qu’on n’aurait probablement pas rencontré ailleurs.
Le principe : tu ne sais pas réparer ton vélo ? On t’explique et tu fais toi-même. Des outils à disposition, des pièces d’occasion à prix libre, du thé / café… Et de la bonne humeur !
En fin d’après-midi, l’équipe me propose de les rejoindre pour un barbecue et partager la soirée. Simple et fluide ! Je repars le lendemain matin, le cœur en ébullition de ces rencontres imprévues.

Deuxième rencontre à vélo à Concarneau : Danielle et Marc Pion, paysan·nes en (r)évolution perpétuelle
Il faut croire que cela devient une habitude de rentrer à vélo de Concarneau le cœur en ébullition. Et le cerveau aussi, suite à cette rencontre du Samedi 17 Juin avec Marc et Danielle Pion ! Nouvelles rencontres impromptues, autour d’un fournil, d’un jardin partagé, d’un cerisier et surtout d’un couple fabuleux. Véritable coup de cœur, nous passons la journée à papoter, après l’interview de Marc qui était le prétexte à ma venue.
Danielle et Marc Pion ont été paysan·nes, mais sont surtout en perpétuelle évolution. Ils m’inspirent par leur capacité, à la soixantaine, à se remettre en question, se réinventer, cheminer, dans la joie et la complicité qu’ils partagent. Cette journée est emplie d’histoires de vie, de transmissions agricoles, de reconversions.

Danielle, paysanne puis infirmière : prendre soin du Vivant
L’histoire d’une femme, Danielle, qui s’installe d’abord seule en tant qu’agricultrice, sans être issue du milieu agricole. Avec ses “42kg toute mouillée”, comme elle dit. Avec le recul, elle reconnaît aujourd’hui son besoin, à l’époque inconscient, de prouver à sa famille et à elle-même que c’est possible. Des convictions féministes fortes qui la portent encore aujourd’hui.
L’histoire aussi d’un homme, Marc, qui prend conscience de son machisme suite au départ de Danielle de la ferme. À 47 ans, après plusieurs années à travailler ensemble, Danielle choisit de quitter le monde agricole pour se reconvertir. Elle veut devenir infirmière. Elle n’a plus rien à prouver à personne.
Danielle quitte la ferme fatiguée d’être “la femme de”. De connaître tous les rouages techniques, de prendre les décisions, et d’être invisibilisée par un mari, qui, inconsciemment, est en fort besoin de reconnaissance. Qui prend volontiers la place de “patron” lorsque l’on demande “Il est où le patron ? ” (en écho à mon article où je parle de cette BD ici).
Pour autant, ils restent en couple et continuent de cheminer ensemble. Marc prend conscience de mécanismes inconscients qu’il reproduit, de par son éducation très patriarcale et le modèle de la société dans laquelle ils évoluent. Sa hantise était d’être un macho, et il réalise qu’à certains égards, il peut l’être. Pas évident à encaisser. Je suis admirative et émue du chemin qu’ils parcourent ensemble depuis tant d’années. De la façon dont ils se sont épaulés pour devenir la meilleure version d’eux-mêmes, et continuer en ce sens.
Danielle passe donc du métier de paysanne à celui d’infirmière. Son fil rouge : prendre soin du Vivant. Par extension, c’est aussi avec prendre soin du corps, de son propre corps y compris dans le travail physique que peuvent impliquer ces deux corps de métier. Être à l’écoute. Travailler sur soi, sur ses propres blessures. Se recentrer. Prendre conscience du miroir que représentent l’animal comme le patient face à soi-même. Des miroirs auxquels on ne peut pas mentir.

Marc, paysan, conférencier et éveilleur de consciences
L’histoire de Marc, c’est aussi celle d’un “donneur de leçons” qui se rend compte qu’il n’a finalement que peu de certitudes. Qui identifie dans son besoin de partage le rôle de son ego et son besoin de reconnaissance. L’histoire de plusieurs installations agricoles, de deux transmissions et des apprentissages qui en découlent. Des histoires d’ouverture, de clôture et de réouverture, au fil des rencontres et des chapitres.
Après avoir été éleveurs laitiers (d’abord conventionnels puis durables puis bio), et suite au départ de Danielle de la ferme, Marc ne se voit pas poursuivre l’activité seul. Il transmet la ferme pour devenir maraîcher bio et travailler la terre avec des ânes. 3 ans plus tard, il transmet à nouveau pour lancer plusieurs projets collectifs autour de l’autonomie alimentaire. Production et vente de légumes, mutualisation et groupements d’achats, jardins partagés…
En 2012, il crée une conférence gesticulée pour partager leur histoire et parler de l’évolution du monde agricole. Pour parler des freins au changement dans le milieu, de l’endettement, de l’agrobusiness, de la place du patriarcat, de la puissance des réflexions collectives et d’émancipation. Il tourne partout en France.
Il ouvre des chambres d’hôtes avec le réseau Accueil Paysan, pour accueillir, partager et compléter son activité. Un leitmotiv le guide depuis le début : ne pas trop travailler. Il organise donc ses activités en fonction, toujours pour continuer d’avoir du temps, et faire ce qui le passionne.

Une rencontre à vélo qui me fait mouliner
Je ressors de cette journée gonflée de reconnaissance. Sentir leur complicité et être touchée par cela. Sentir tout le chemin qu’ils ont parcouru ensemble, la façon dont ils s’épaulent, dont ils se taquinent. Le chemin d’émancipation réalisé par Danielle, avec celui de Marc en écho. Un apprentissage dans la réciprocité, qui n’a pas dû être évident tous les jours. Je ressens tout le travail qu’il y a derrière cette relation, entre la vie de couple, la vie professionnelle, sa vie de femme à elle, sa vie d’homme à lui… Et bien plus encore. Et ça me touche profondément.
Résonance avec le cheminement de Marc sur son côté “Donneur de leçons”. Avec celui de Danielle sur son voyage à Madagascar pour partager des connaissances sur la création d’une coopérative. Je me retrouve dans ces parcours de vie, où j’ai pu moi aussi (et sûrement encore aujourd’hui) penser détenir la vérité, vouloir changer les gens et leurs habitudes, leurs manières de penser. Me retrouver face aux revers parfois pervers de “l’aide au développement”, qui s’apparente parfois davantage à une forme de néocolonialisme. Qui peut parfois brider l’émancipation : des paysan.ne.s, des peuples, des hommes et des femmes…
Que l’on parle “d’aide au développement” international, agricole, ou même de développement personnel… On en revient finalement à l’importance d’apprendre à faire avec les autres, à s’autonomiser, à (se) faire confiance. En soi, c’est comme dans un atelier d’autoréparation de vélo ! Et la boucle est bouclée… Vive les passionné•es du cycle !
Partager la moulinette
Au risque de tomber dans des démonstrations simplistes de “yogi qui t’apprend la vie”, je préfère adresser une recommandation de lecture bien plus aboutie sur les liens que je tente de résumer ci-dessus entre lutte contre les iniquités, lien à la terre et rapport à l’évolution personnelle et spirituelle. Il s’agit du “Manifeste Céleste” de Pattie O’Green, qui me fait actuellement l’effet d’une petite bombe remue-méninges. Elle met en perspective ces pistes d’exploration, pour celleux que ces sujets interpellent. A dégoter ou commander dans votre librairie indépendante préférée!

Vous pourrez suivre toutes ces aventures :
- Sur ce Carnet de Voyage qui sera alimenté au fil de l’eau
https://univoyage.co/blog/nomade/maelle-guillet/
- Sur la page Facebook du projet
https://www.facebook.com/profile.php?id=10009032909369
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Ton article fait chaud au cœur ! L’évolution de leur relation individuelle et de couple, alliée à celle de leur activité professionnelle, est touchante à lire 😊 Merci pour ce récit 🙏🏻❤️… 🍀🚲🌈🍃…
Merci beaucoup Aurélie, heureuse que ce récit te parle 😊😘 J’espère que tu vas bien, à bientôt j’espère !!
Bravo pour ce nouveau bel article ma petite Maëlle, tu as une belle écriture pour raconter ces histoires riches 👍en effet, c’est touchant l’histoire de ce couple ! Je pense que tu pourras éditer un livre de ton beau périple 🥰il ne ferait qu’enrichir une société en manque de connaissance de cette belle et vrai agriculture pour mieux la défendre ensuite ☀️